Réévaluation du processus de paix en Côte d’Ivoire


Abidjan, le 29 Août 2006

Depuis plusieurs mois, DJCI s’interroge sur l’opportunité des élections en Côte d’Ivoire tout en soutenant que le délai du 31 Octobre 2006 n’était pas réaliste. Les Nations Unies après avoir ignoré cette réalité ont fini par l’admettre à travers une déclaration du 23 Août 2006 de sa Mission en Côte d’Ivoire, l’ONUCI, qui évoque « des raisons techniques » pour justifier ce report des élections de quelques mois.

DJCI continue de se poser la question de l’utilité de ces élections supposées ramener la paix alors que les raisons profondes de la crise ivoirienne n’ont pas été adressées.

DJCI remet surtout en question le maintien des Accords de Linas Marcoussis qui ont inspiré le soit disant processus de paix qui est à la base du calendrier actuel des élections. Nous avons de tout temps soutenu que ce processus était biaisé  et voué à l’échec. Les évènements en Côte d’Ivoire confirment bien cette assertion.

La communauté internationale a dépensé plusieurs milliards à travers la Mission de l’ ONUCI  ces trois dernières années dans sa tentative de faire appliquer les Accords de Linas Marcoussis. Où sont les résultats? On ne constate que de maigres avancées aussitôt anéanties par leur mise en cause par chacun des belligérants. Au même moment, on constate  la paupérisation continue des populations, l’insécurité généralisée, la faillite économique et institutionnelle malgré la normalité apparente dans la zone gouvernementale. Comme solution de dernière chance, nous apprenons maintenant que les Nations Unies convoquent les principaux acteurs politiques du pays et le chef de la rébellion à New York en mi Septembre pour s’expliquer.

Ne serait-ce pas aussi le bon moment pour la communauté internationale de réévaluer son implication et son action dans la résolution du conflit ivoirien ? A nôtre avis, cette période serait aussi opportune pour examiner les principes de base des Accords de Linas Marcoussis et s’interroger sur leur mise en application.

Aux dires de l’ONUCI  « Il n’y a pas d’autres moyens pour parvenir à une solution viable et durable à la crise ivoirienne en dehors des arrangements de Marcoussis ». Il serait approprié  d’examiner sérieusement la validité d’une tette affirmation qui semble orienter le raisonnement actuel de la communauté internationale. Est-elle vraiment justifiable ? DJCI n’y croit pas. Nous pensons que ce raisonnement n’est pas juste. Il ne résoudra pas durablement le conflit ivoirien, et par conséquent mettra en danger toute l’Afrique de l’Ouest. Ce serait un gaspillage continu des ressources, un échec pour l’ONUCI ; une sérieuse atteinte à la réputation des Nations Unies (communauté internationale).

DJCI estime que c’est une tache difficile qui a été confiée à l’ONUCI et qu’il sera presque impossible d’arriver au résultat escompté, c'est-à-dire la paix, en maintenant cette fiction. Il est donc grand temps de reconnaître la réalité de l’inapplicabilité des arrangements de Linas Marcoussis surtout après quatre ans d’impasse.

Selon l’opinion de DJCI, partagée d’ailleurs par la majorité de la population ivoirienne, les Accords de Linas Marcoussis, imposés aux factions ivoiriennes par le gouvernement français, hâte de résoudre le conflit, sont fondamentalement injustes. Ils ne peuvent pas servir de base à la résolution de la crise. En dépit de leur affaiblissement politique du fait de la rébellion, les autorités légitimées par les élections de l’année 2000 sont réticentes à partager le pouvoir avec l’opposition armée: nous voyons cette réticence se manifester au fil du temps par leurs rejets successifs des différents accords. C’est ce que l’on qualifie d’ «hésitations du clan présidentiel ». Sans autre alternative à sa portée, le Président Gbagbo fait semblant d’accepter les conditions qu’on lui impose, pour les dénoncer plus tard. Nous avons vu cela se reproduire plusieurs fois. Malgré ces défauts et ces lacunes, que DJCI reconnaît, personne n’arrivera à ramener la paix en supportant les rebelles, même si ceux-ci prétendent soutenir les intérêts de certains secteurs de la communauté locale et de certaines puissances extérieures. Les intérêts de la Côte d’Ivoire et de son peuple seront mieux servis en encourageant les autorités légitimes à remédier à leurs insuffisances. Mais pour y parvenir, elles doivent se sentir en sécurité.

Ne serait-il pas donc temps, après trois ans de vacillation collective, de réexaminer la politique actuelle de la communauté internationale par rapport au dossier ivoirien et son application à travers les Nations Unies ? Ne serait-il pas également temps pour les autorités françaises d’admettre que le chemin qu’elles ont encouragé la communauté internationale à emprunter dans la recherche de la paix en Côte d’Ivoire n’est pas le meilleur?

Un peu d’autocritique et d’honnêteté de la part des acteurs de la crise et des nombreux médiateurs pour l’adoption d’une approche courageuse, pourrait aider à accélérer le processus de paix.

Une nouvelle approche, telle que décrite par le Plan de Paix  proposé par DJCI,  pourrait conduire à une paix durable et permettre d’éviter le prolongement des souffrances du peuple ivoirien, la dégradation continue du pays et un conflit régional affectant une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Cette nouvelle dynamique permettrait alors de préserver les intérêts vitaux des populations, ainsi que ceux des puissances extérieures telle que la France.

DJCI une fois de plus, appelle donc le Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Union Africaine et toutes les autres parties impliquées, à considérer sérieusement le Plan de Paix qu’il  propose (disponible sur le site www.cwps.org ). Le principal fondement de ce document étant un fort soutien international pour la mise en place d’un gouvernement de transition non partisan, composé de technocrates compétents, non acteurs du conflit et dont la tache prioritaire serait de désintoxiquer l’atmosphère politique ivoirienne et d’encourager la réconciliation nationale dans un esprit d’inclusion et de reconstruction des institutions de l’Etat. Ce serait seulement après cette étape cruciale que des élections pourraient servir de base à une paix durable, pas avant.

Il est donc grand temps de se réveiller pour adopter les changements nécessaires capables de préserver notre pays, la Côte d’Ivoire, ses habitants et ses Etats voisins d’une guerre civile généralisée.

Diaspora et Jeunesse de Cote d’Ivoire (DJCI)

Président,

Modeste Gnamé SERI,                                                  

Contact : movdjci@aol.com